Interview de Thibaud - Fondateur de l'Ecole des finances personnelles

Nouveau sur ce blog ? Vous aimeriez sans doute lire mon livre "Le guide de démarrage de la liberté financière" qui vous explique comment avoir des finances plus saines et augmenter vos revenus grâce à l'immobilier, la bourse et une entreprise à temps partiel sur Internet. 

J'ai l'immense plaisir d'accueillir sur mon blog Thibaud Eigle, fondateur de l'Ecole des finances personnelles. Comme je le disais à Thibaud, le blog de l'Ecole des finances personnelles est l'un des premiers que j'ai lu quand j'ai commencé à me former sur ce très vaste sujet que sont les finances personnelles. D'ailleurs, si vous cherchez "finances personnelles", vous remarquerez que le blog de Thibaud apparaît en première page de Google, ce qui n'est pas rien !  

Thibaud Eigle est issu du monde bancaire (comme moi) et possède une expertise de taille sur l'argent et l'investissement. C'est pourquoi j'ai eu envie de l'interviewer. D'abord pour en savoir plus sur son parcours et ensuite pour avoir son avis sur plusieurs sujets liés à l'indépendance financière. 

Voilà pour la présentation. Passons à l'interview !

1) Bonjour Thibaud. Peux-tu nous en dire plus sur ton parcours professionnel et les raisons qui t’ont poussé à lancer L’école des finances personnelles ?

Bonjour Danilo et merci pour cet interview.

Cela fait maintenant 12 ans que je travaille dans la finance. J’ai exercé des métiers divers et variés tels qu’auditeur financier, analyste financier et directeur d’agence bancaire.

Je n’ai jamais aimé l’idée de la spécialisation que l’on essaie de nous présenter comme la panacée sur le marché du travail. Cela avait sans doute de l’intérêt au moment des différentes révolutions industrielles du point de vue de la standardisation mais c’est bien moins évident aujourd’hui et surtout, sur le plan humain, cela ne prend absolument pas en compte les différentes facettes de nos personnalités.

Et puis le gros avantage, c’est que cela m’a permis de développer une vision complète du monde de la finance.

Sur un plan plus personnel, je n’ai jamais adhéré aux valeurs véhiculées dans le monde de la finance. J’aimais les compétences que je développais et les métiers que j’exerçais mais j’avais beaucoup de mal à m’identifier à une communauté dont je réprouvais certaines pratiques et que je trouvais très souvent beaucoup trop déconnectée du quotidien des gens.

Ma dernière expérience bancaire a sans doute été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Déçu de ne pas pouvoir servir les intérêts de mes propres clients (un comble pour un métier de service !) et choqué de m’entendre dire que je n’étais pas payé pour réfléchir, j’ai décidé de quitter cet environnement malsain pour créer mon entreprise et accompagner mes clients au mieux de leurs intérêts. 

Après avoir blogué pendant 3 ans sur Mes Finances Mode D’Emploi – un blog sur lequel je résumais des livres pendant mon temps libre, j’ai lancé l’Ecole des Finances Personnelles en 2013, une entreprise d’éducation financière dont la mission est de transmettre à ses clients les outils pour qu’ils puissent améliorer leur bien-être financier. 

Fidèle aux convictions dont je t’ai parlé précédemment, notre champ d’activité est systémique allant de la relation à l’argent à l’investissement en passant par le mode de vie et la gestion de budget. Cela permet à nos clients de prendre en main TOUS les aspects de leur vie financière (et pas uniquement de faire de l’argent pour faire de l’argent).

En résumé, nous aidons nos clients à devenir autonome dans la gestion de leur argent et les accompagnons pour qu’ils puissent gagner leur indépendance financière tout en mettant l’argent au service de leurs projets de vie (et non l’inverse).

2) Quels sont tes conseils pour bien gérer son argent et éviter de se retrouver dans le schéma d’endettement que connaissent la plupart des gens ?

Il y a beaucoup à dire sur ce sujet. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les gourous américains des finances personnelles s’écharpent régulièrement sur cette problématique.

Plutôt que de te répondre avec une formule toute faite et des conseils prêts à l’emploi, je crois qu’il est préférable de prendre un peu de hauteur.

Nous vivons aujourd’hui dans une société où l’on essaie de nous faire croire que l’on peut tout avoir tout de suite et sans efforts. Et surtout, à présenter ce mode de fonctionnement comme la voie idéale vers le bonheur.

Évidemment, dans une économie qui fait dépendre son bon fonctionnement d’un taux de croissance régulièrement positif, il n’y a pas d’autre alternative. Pour qu’il y ait croissance, il faut produire toujours plus. Et pour que le cycle s’entretienne, il faut que la production soit consommée. Coûte que coûte. Donc on est dans une sorte de course à l’accumulation sans fin avec d’un côté les entreprises qui manipulent les consommateurs pour qu’ils achètent toujours plus de leurs produits et d'un autre côté, l’Etat et les banques qui facilitent cet écoulement de la production grâce au crédit.

Résultat des courses, nous sommes de plus en plus nombreux à ne plus supporter la frustration et à ne pas savoir retarder la gratification immédiate. Et ça, en revanche, c’est un problème de responsabilité individuelle.

Donc la solution pour éviter de se retrouver dans un schéma de (sur)endettement, c’est de développer son intelligence émotionnelle pour gagner en maturité et en liberté.

Là où avant on prenait du plaisir à dépenser son argent pour acheter un objet superflu, l’objectif est de prendre du plaisir à résister à la tentation et de sortir du schéma « émotion – compensation » qui présidait à nos choix jusqu’à présent.

Le but, ce n’est évidemment pas d’arrêter complètement de dépenser son argent mais de le faire en bonne intelligence et pour acheter des biens qui font vraiment du sens pour nous (que ce soit en terme de besoin ou en terme de désir) et que nous avons VRAIMENT les moyens d’acheter.

D’ailleurs, de plus en plus de gens se rendent compte que quelque chose cloche dans la manière dont nous avons géré nos vies financières ces 50 dernières années. Ils choisissent par exemple de vivre dans des habitats alternatifs comme les tiny houses, et privilégient un mode de vie simple qui leur permet de vivre une vie plus libre et sans avoir à passer les 25 prochaines années de leur vie à rembourser un crédit immobilier.

Je ne dis évidemment pas que les habitats alternatifs sont la solution à tous les problèmes financiers mais la démarche me semble suffisamment intéressante pour au moins s’en inspirer.

3) Naturellement quand on parle d’indépendance financière et d’entrepreneuriat, le premier réflexe des gens est de dire que « c’est risqué ». Selon toi, qu’est-ce qui est vraiment plus risqué, rester salarié ou devenir financièrement indépendant ?

Je crois que la peur qui anime les gens quand on leur parle de création d’entreprise ou d’indépendance financière est compréhensible.

Mais là encore, je crois qu’il faut fouiller un peu plus et chercher les causes véritables de cette peur. A mon sens, il y a deux causes majeures : la peur de l’inconnu et la peur du changement.

Ce sont les deux peurs les plus vives de l’esprit humain. Et on les retrouve aussi dans l’univers du salariat.

La vérité, c’est qu’un entrepreneur/investisseur n’aime pas plus le risque qu’un salarié.

Lorsqu’on est salarié et qu’on souhaite créer son entreprise, on peut le faire sur son temps libre et une fois que l’on a validé la viabilité du projet, on se lance. Idem pour le développement de l’entreprise en utilisant le « bootstrapping » qui consiste à réinvestir progressivement l’argent gagné dans son entreprise pour la faire croître sans s’endetter ni faire appel à des financements extérieurs.

Lorsqu’on souhaite devenir investisseur, on n’est même pas obligé d’avoir du capital pour démarrer. Dans l’immobilier par exemple, il est possible de financer l’intégralité de l’achat grâce à l’emprunt bancaire. Frais de notaire inclus grâce à une petite astuce juridique sur laquelle il est possible de se mettre d’accord avec le vendeur ou en optant pour un financement à 110%. Tu ne risques donc finalement pas grand chose puisque tu n’as pas mis un Euro de ta poche…

Ce qu’il faut retenir de tout ça, c’est que le risque est un paramètre à prendre en compte mais qui se gère et qui ne doit pas empêcher de se lancer.

Et puis, être salarié, c’est dépendre d’une seule source de revenus alors qu’être indépendant financièrement, c’est dépendre de plusieurs sources de revenus (mobiliers, immobiliers, etc.)

Il est d’ailleurs très étonnant de constater que l’on nous conseille de diversifier nos sources de revenus quand il s’agit des revenus de l’épargne mais que ce conseil de bon sens disparaît soudain lorsqu’il s’agit des revenus du travail...

Donc, à mon sens, être salarié est bien plus risqué que d’être indépendant financièrement. Surtout quand on prend en compte la réalité du marché du travail aujourd’hui …

4) Quelles sont les étapes à mettre en place pour devenir financièrement indépendant ? Par où commencer ?

Pour gagner son indépendance financière, il faut suivre les étapes qui constituent le processus de l’enrichissement.

Dit simplement, le processus de l’enrichissement est un processus répétitif qui peut se définir de la façon suivante:

Une personne qui s’enrichit est une personne qui (1) a une relation saine à l’argent, (2) a appris à l’accumuler grâce à une bonne gestion de ses finances personnelles, (3) sait comment l’investir pour le faire fructifier et (4) est en mesure de le protéger contre les risques de toute nature tout en gardant l’objectif de (5) le mettre au service de ses projets de vie.

Si tu enlèves n’importe quelle partie de ce processus – relation à l’argent, accumulation, investissement, protection, ou mode de vie – tu ne peux pas t’enrichir. Peu importe d’ailleurs que tu touches 1500 euros ou 10.000 euros par mois, chaque partie du processus est essentielle et universelle.

Si tu gagnes 10.000 euros par mois et que parallèlement tu dépenses tout, au point de ne rien avoir à investir, tu ne t’enrichiras pas. Si ton train de vie te paraît confortable, il n’en reste pas moins précaire dans la mesure où le moindre petit accident de la vie peut venir tout remettre en cause.

Tu peux le constater par toi-même, gagner son indépendance financière n’est pas bien sorcier. Il suffit de savoir comment fonctionne le processus de l’enrichissement et d’agir en conséquence. Si tu te renseignes sur chacun des processus et que tu acquières suffisamment de connaissances dans le domaine en question, tu mets alors toutes les chances de ton côté pour gagner ton indépendance financière.

Pour aller plus loin et aider les gens à se lancer, j’ai tourné une série de vidéos gratuites basées sur les principes clés dont je viens de te parler à consulter en cliquant ICI…

5) Quels sont les leviers que tu recommandes pour investir son argent ? 

Là encore, je crois que chacun doit faire ses choix en fonction de son appétence au risque et de son profil d’investisseur. Ce qui requiert de bien se connaitre soi-même pour pouvoir faire un choix éclairé.

Ensuite, tu peux faire ton choix parmi les différentes classes d’actifs.

La création d’entreprise qui demande beaucoup d’efforts au début et un goût prononcé pour la liberté.

L’investissement immobilier « physique » (parkings ou garages, immeubles, meublé voire saisonnier) qui demande du temps et de la résilience pour entreprendre les différentes recherches. Tu peux aussi passer par les services d’un chasseur immobilier qui te fera bénéficier de son expérience et te fera gagner un temps précieux.

L’investissement immobilier « papier » (REIT, SIIC, SCPI, etc.) qui demande de se former aussi bien aux problématiques liées aux différents marchés immobiliers qu’aux problématiques liées aux marchés financiers dans le cas précis des REIT/SIIC par exemple.

L’investissement boursier (actions, obligations, trackers, ETF, etc.) qui demande une bonne capacité d’analyse et une appétence pour les chiffres.

L’investissement dans les matières premières (produits dérivés, trackers, fonds divers, etc.) qui requiert les mêmes compétences que l’investissement boursier auxquelles il faut ajouter des compétences émotionnelles en matière de gestion du stress pour ce qui est des produits dérivés entre autres. 

A titre personnel, j’utilise ces différents leviers pour diversifier mes activités. Mais cela relève plus de la préférence personnelle que du « meilleur plan » pour gagner son indépendance financière.

Je ne crois pas aux recettes miracles et je pense que chacun doit faire ses choix en fonction de ses préférences. C’est la raison pour laquelle je fais de l’éducation financière et non du conseil financier ;-)

6) Que penses-tu des stratégies de « buy and hold » en bourse, notamment l’investissement dans les fonds indiciels (trackers) et les actions qui versent des dividendes ? Connais-tu d’autres stratégies « passives » comme celles que je viens de citer ?  

Je pense que les stratégies « buy and hold » conviennent très bien aux personnes qui ne veulent pas passer trop de temps à gérer leurs investissements.

Les différentes études empiriques sur le sujet montrent d’ailleurs que ce sont les stratégies les plus efficaces en bourse sur le long terme. Autrement dit, rien ne sert de se transformer en « sniper » de l’investissement surtout si c’est pour grever sa performance en payant des frais de courtage à chaque transaction.

Je crois aussi qu’il faut être très précis lorsqu’on décrit ce type de stratégie et qu’on lit malheureusement un peu tout et n’importe quoi sur le sujet.

Le « buy and hold », c’est très bien quand on achète au rabais une action en faisant du stock-picking (sélection d’action individuelle) et/ou quand le marché est très bas, c’est beaucoup plus discutable lorsqu’on achète à un sommet ou à des niveaux élevés.

Il existe d’ailleurs différentes stratégies pour lisser le prix de revient comme le Dollar Cost Averaging (investissement programmé) ou le Value Averaging mais elles ont chacune d’autres limites qu’il faut connaître et maîtriser pour éviter les déconvenues.

C’est la raison pour laquelle j’ai mis en place le Club de l’EFP, un club d’investissement qui permet à nos membres de comprendre les tenants et les aboutissants de l’ensemble des classes d’actifs et de prendre connaissance des stratégies et tactiques d’investissement utilisées par les professionnels pour investir avec succès.

Car tu t’en doutes, devenir investisseur, cela ne s’improvise pas.

7) Ces dernières années, Internet a permis à une vague d’entrepreneurs de créer un business en ligne et d’en vivre en travaillant quelques heures par semaine. Cette tendance est d’ailleurs très bien représentée par Tim Ferris dans son livre La semaine de 4 heures. Selon toi, qu’est-ce qui est le plus intéressant aujourd’hui pour devenir rentier : Entreprendre sur Internet ou utiliser les leviers d’investissement classiques que sont l’immobilier et la bourse ?

Je crois qu’il faut être prudent et exercer son esprit critique lorsqu’on lit qu’il est possible de gagner de l’argent en ne travaillant que quelques heures par semaine.

Tim Ferriss a lui-même reconnu qu’il avait dû travailler d’arrache pied pour construire sa « Muse » et il n’était pas très loin du burn-out après l’écriture de son livre « The 4-Hour Chef ».

En fait, je pense qu’il y a deux temps très distincts lorsque tu crées un système entrepreneurial.

Un premier temps qui te demande beaucoup d’efforts et de sueur pour mettre en place le système (processus essais/erreurs) et le valider.

Un deuxième temps qui consiste à récolter les fruits de ton travail au cours duquel le système demande « seulement » de l’entretien pour continuer de performer. C’est davantage ce deuxième temps que décrit Ferriss dans son livre qui est certes très attirant mais n’arrive que… dans un deuxième temps !

C’est la même chose pour l’immobilier ou la bourse. Dans un premier temps, tu construis ton système d’investissement et tu recherches les actifs qui vont te permettre de générer des revenus passifs. Dans un deuxième temps, tu récoltes les fruits de ton travail.

L’avantage par rapport au salariat, dont on parlait tout à l’heure, c’est que tes actifs ont une valeur (patrimoniale) qui vient s’ajouter à ton bilan patrimonial personnel et que les revenus que tu en perçois ne sont pas corrélés au temps que tu passes pour les gagner. 

Pour être franc avec toi, je ne crois pas que l’un des piliers soit plus intéressant qu’un autre dans l’absolu.

Certains blogueurs te diront qu’ils ont arrêté internet car ils ne supportaient pas la solitude. Certains investisseurs te diront qu’ils préfèrent l’immobilier physique car c’est du tangible. D’autres qu’ils préfèrent l’immobilier papier ou la bourse car ils ne veulent pas s’embêter avec les locataires.

Encore une fois, tout est affaire de goût et d’appétence pour tel ou tel pilier. Tous peuvent mener à l’indépendance financière pourvu que l’on suive la bonne stratégie et il n’est d’ailleurs pas interdit de les cumuler… ;-)

8) Peux-tu nous citer 3 livres qui ont eu un véritable impact dans ta vie en matière d’argent et d’entrepreneuriat ?

Avec plaisir.

Livre n°1, le classique : Père Riche, Père Pauvre de Robert Kiyosaki. Pour son côté très motivant, la vulgarisation très efficace de certains concepts financiers et la place redonnée à la finance comme outil au service des projets de vie.

Livre n°2 : Le Personal MBA de Josh Kaufman. Brillant et pédagogue, c’est un livre qui explique très bien tous les concepts à connaitre pour créer son entreprise et la développer (l’entreprise y est analysée comme un système complexe en référence à la systémique dont je te parlais au début de cet entretien).

Livre n°3 : Early Retirement Extreme de Jacob Lund Fisker. Encore un livre basé sur la systémique appliquée cette fois à l’indépendance financière. C’est un livre qui correspond très bien à ma vision de l’indépendance et de la liberté : vie simple, anti-consumérisme, conseils DIY en tous genres (même si j’ai encore de gros progrès à faire sur ce point !), capitalisme appliqué à la vie quotidienne (comme devenir un producteur plutôt qu’un consommateur), etc.

Pour moi, c’est un livre fondamental qui illustre très bien le changement de société que l’on est en train de vivre avec cette nouvelle Renaissance et les fondements de cette dernière en termes de résolution de problèmes, de pensée créatrice, d’expression de soi, de joie de vivre, etc. Un peu à la manière de Léonard de Vinci.

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